Méditations

Discours du pape aux participants de la conférence “(Re)Thinking Europe“

Pope Francis during his weekly general audience in St. Peter square at the Vatican, Wednesday.June 11, 2014.

Samedi 28 octobre 2017, le pape a prononcé un discours important et vigoureux à l’occasion d’une rencontre sur l’Europe organisée par la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE). Le voici en intégralité.

 

7 interpellations du pape aux chrétiens d’Europe

 Eminences, Excellences
Distinguées Autorités,
Mesdames et Messieurs, 

Je suis heureux de prendre part à ce moment qui conclut le Dialogue (Re)Thinking Europe. Une contribution chrétienne à l’avenir du projet européen, promu par la Commission des Épiscopats de la Communauté Européenne (COMECE). Je salue particulièrement le Président, Son Éminence le Cardinal Reinhard Marx, ainsi que l’Honorable Antonio Tajani, Président du Parlement Européen, et je les remercie pour les paroles déférentes qu’ils viennent de m’adresser. Je voudrais exprimer à chacun d’entre vous une vive appréciation pour avoir été nombreux à intervenir au cours de cet important cercle de discussion. Merci !

Le Dialogue de ces jours-ci a offert l’occasion de réfléchir largement sur l’avenir de l’Europe sous plusieurs angles, grâce à la présence parmi vous de diverses personnalités ecclésiales, politiques, académiques ou simplement provenant de la société civile. Les jeunes ont pu proposer leurs attentes et leurs espérances, en se confrontant avec leurs aînés, qui, à leur tour, ont eu l’occasion d’offrir leur bagage riche de réflexions et d’expériences. Il est significatif que cette rencontre ait voulu être d’abord et avant tout un dialogue dans l’esprit d’une discussion libre et ouverte, permettant de s’enrichir réciproquement et d’éclairer la voie de l’avenir de l’Europe, c’est-à-dire le chemin que tous ensemble, nous sommes appelés à parcourir pour surmonter la crise que nous traversons et pour affronter les défis qui nous attendent.

Parler d’une contribution chrétienne à l’avenir du continent signifie d’abord et avant tout s’interroger sur notre rôle en tant que chrétiens aujourd’hui, sur ces terres si magnifiquement modelées au cours des siècles par la foi. Quelle est notre responsabilité à un moment où le visage de l’Europe est toujours davantage caractérisé par une pluralité de cultures et de religions, tandis que pour beaucoup, le christianisme est perçu comme un élément du passé, lointain et étranger ?

 Personne et communauté

Au déclin de la civilisation antique, tandis que la splendeur de Rome devenait ces ruines que nous pouvons admirer aujourd’hui encore dans la ville, tandis que de nouveaux peuples exerçaient une pression aux frontières de l’antique Empire, un jeune a fait résonner la voix du Psalmiste : « Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ?» (Benoît, Règle, Prologue, 14. Cf. Ps 33, 13). En proposant cette interrogation dans le Prologue de sa Règle, saint Benoît a soumis à l’attention de ses contemporains, et aussi à la nôtre, une conception de l’homme radicalement différente de celle qui avait caractérisé le classicisme gréco-romain, et plus différente encore de celle, violente, qui avait caractérisé les invasions barbares. L’homme n’est plus simplement un civis, un citoyen doté de privilèges à consommer dans l’oisiveté ; il n’est plus un miles, serviteur combattant du pouvoir régnant ; surtout, il n’est plus un servus, objet d’échange dépourvu de liberté destiné uniquement au travail et au labeur.

Saint Benoît ne regarde pas la condition sociale, ni la richesse, ni le pouvoir qu’on a. Il fait appel à la nature commune de chaque être humain, qui, quelle que soit sa condition, aime certainement la vie et désire des jours heureux. Pour Benoît il n’y a pas de rôles, il y a des personnes : il n’y a pas d’adjectifs, il y a des substantifs. Voilà l’une des valeurs fondamentales que le christianisme a apportées : le sens de la personne, créée à l’image de Dieu. À partir de ce principe, se construiront les monastères, qui deviendront en même temps un berceau de la renaissance humaine, culturelle, religieuse et aussi économique du continent.

La première, et peut-être la plus grande contribution que les chrétiens puissent offrir à l’Europe d’aujourd’hui, c’est de lui rappeler qu’elle n’est pas un ensemble de nombres ou d’institutions, mais qu’elle est faite de personnes. Malheureusement, on remarque comment souvent tout débat se réduit facilement à une discussion de chiffres. Il n’y a pas les citoyens, il y a les suffrages. Il n’y a pas les migrants, il y a les quotas. Il n’y a pas les travailleurs, il y a les indicateurs économiques. Il n’y a pas les pauvres, il y a les seuils de pauvreté. Le caractère concret de la personne humaine est ainsi réduit à un principe abstrait, plus commode et plus apaisant. On en saisit la raison : les personnes ont des visages, elles nous obligent à une responsabilité réelle, active ‘‘personnelle’’ ; les chiffres nous occupent avec des raisonnements, certes utiles et importants, mais ils resteront toujours sans âme. Ils nous offrent l’alibi d’un désengagement, parce qu’ils ne nous touchent jamais dans la chair.

Reconnaître que l’autre est surtout une personne signifie valoriser ce qui m’unit à lui. Le fait d’être des personnes nous lie aux autres, nous fait être communauté. Donc, la deuxième contribution que les chrétiens peuvent offrir à l’avenir de l’Europe est la redécouverte du sens d’appartenance à une communauté. Ce n’est pas un hasard si les Pères fondateurs du projet européen ont choisi précisément ce mot pour identifier le nouveau sujet politique que se constituait. La communauté est le plus grand antidote contre les individualismes qui caractérisent notre temps, contre cette tendance, aujourd’hui répandue en Occident, à se considérer et à vivre dans la solitude. On comprend mal le concept de liberté, en l’interprétant presque comme s’il s’agissait du devoir d’être seuls, affranchis de tout lien, et par conséquent on a construit une société déracinée, privée du sens d’appartenance et d’héritage. Et pour moi cela est grave.

Les chrétiens reconnaissent que leur identité est de prime abord relationnelle. Ils sont insérés comme membres d’un corps, l’Église (cf. 1 Co 12, 12), dans lequel chacun, avec sa propre identité et particularité, participe librement à l’édification commune. De manière analogue, ce lien se retrouve aussi dans le domaine des relations interpersonnelles et de la société civile. Devant l’autre, chacun découvre ses qualités et ses défauts ; ses points forts et ses faiblesses : en d’autres termes, il découvre son visage, comprend son identité.

La famille, en tant que première communauté, demeure le lieu le plus fondamental de cette découverte. La diversité y est exaltée et en même temps est comprise dans l’unité. La famille est l’union harmonieuse des différences entre l’homme et la femme, qui est d’autant plus authentique et profonde qu’elle est procréatrice, capable de s’ouvrir à la vie et aux autres. De même, une communauté civile est vivante si elle sait être ouverte, si elle sait accueillir la diversité et les talents de chacun et en même temps si elle sait engendrer de nouvelles vies, ainsi que du développement, du travail, de l’innovation et de la culture.

Personne et communauté sont donc les fondements de l’Europe que, en tant que chrétiens, nous voulons et pouvons contribuer à construire. Les pierres de cet édifice s’appellent : dialogue, inclusion, solidarité, développement et paix.

 Un lieu de dialogue

Aujourd’hui toute l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, du Pôle Nord à la Mer Méditerranée, ne peut se permettre de manquer l’opportunité d’être d’abord et avant tout un lieu de dialogue, à la fois sincère et constructif, dans lequel tous les protagonistes ont une dignité égale. Nous sommes appelés à édifier une Europe dans laquelle on peut se rencontrer et échanger à tous les niveaux, dans un certain sens comme l’était l’agorà antique. En effet, telle était la place de la polis. Pas uniquement un espace d’échange économique, mais aussi le cœur névralgique de la politique, siège où étaient élaborées les lois pour le bien-être de tous ; endroit où l’on faisait face au temple en sorte que la dimension horizontale de la vie quotidienne ne manquait jamais de la respiration transcendante qui fait regarder au-delà de ce qui est éphémère, passager et provisoire.

Cela pousse à prendre en compte le rôle positif et constructif de la religion en général dans l’édification de la société. Je pense par exemple à la contribution du dialogue interreligieux pour favoriser la connaissance réciproque entre chrétiens et musulmans en Europe. Malheureusement, un certain préjugé laïciste, encore en vogue, n’est pas en mesure de percevoir la valeur positive pour la société du rôle public et objectif de la religion, préférant la reléguer à une sphère purement privée et sentimentale. On instaure ainsi la prédominance d’une certaine pensée unique ( La dittatura del pensiero unico. Meditazione mattutina nella Cappella della Domus Sanctae Marthae, 10 avril 2014), assez répandue dans les réunions internationales, qui voit dans l’affirmation d’une identité religieuse un danger pour elle et pour sa propre hégémonie, en finissant ainsi par favoriser une opposition artificielle entre le droit à la liberté religieuse et d’autres droits fondamentaux. Il y a un divorce entre eux.

Favoriser le dialogue – tout dialogue -, c’est une responsabilité fondamentale de la politique, et, malheureusement, on observe trop souvent comment elle se transforme plutôt en lieu d’affrontement entre des forces opposées. La voix du dialogue est remplacée par les hurlements des revendications. À bien des endroits on a le sentiment que le bien commun n’est plus l’objectif primaire poursuivi et ce désintérêt est perçu par de nombreux citoyens. Ainsi trouvent un terrain fertile, dans beaucoup de pays, les formations extrémistes et populistes qui font de la protestation le cœur de leur message politique, sans toutefois offrir l’alternative d’un projet politique constructif. Le dialogue est remplacé ou par une opposition stérile, qui peut même mettre en danger la cohabitation civile, ou bien par une hégémonie du pouvoir politique qui emprisonne et empêche une vraie vie démocratique. Dans un cas, on détruit les ponts et dans l’autre, on construit des murs. Et aujourd’hui l’Europe connaît les deux.

Les chrétiens sont appelés à favoriser le dialogue politique, spécialement là où il est menacé et où semble prévaloir l’affrontement. Les chrétiens sont appelés à redonner de la dignité à la politique, entendue comme le plus grand service au bien commun et non comme une charge de pouvoir. Cela demande aussi une formation adéquate, car la politique n’est pas ‘‘l’art de l’improvisation’’, mais plutôt une haute expression d’abnégation et de dévouement personnel en faveur de la communauté. Être dirigeant exige des études, de la préparation et de l’expérience.

 Un domaine inclusif

L’une des responsabilités communes des dirigeants, c’est de favoriser une Europe qui soit une communauté inclusive, affranchie d’une mauvaise compréhension de fond : inclusion n’est pas synonyme d’aplatissement indifférencié. Au contraire, on est authentiquement inclusif lorsqu’on sait valoriser les différences, en les assumant comme patrimoine commun et enrichissant. Dans cette perspective, les migrants sont une ressource plus qu’un poids. Les chrétiens sont appelés à méditer sérieusement l’affirmation de Jésus : « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35). Surtout devant le drame des déplacés et des réfugiés, on ne peut pas oublier le fait qu’on est devant des personnes, qui ne peuvent pas être choisies ou rejetées selon le bon vouloir, suivant les logiques politiques, économiques, voire religieuses.

Cependant, cela n’est pas en opposition avec le droit de chaque autorité de gouvernement de gérer la question migratoire « avec la vertu propre au gouvernement, c’est-à-dire la prudence » ( Conférence de presse sur le vol de retour de la Colombie, 10 septembre 2017, L’Osservatore Romano, éd. en langue française, n. 38, jeudi 21 septembre 2017, p. 13), qui doit tenir compte aussi bien de la nécessité d’avoir un cœur ouvert que de la possibilité d’intégrer pleinement, au niveau social, économique et politique, ceux qui arrivent dans le pays. On ne peut pas penser que le phénomène migratoire soit un processus sans discernement et sans règles, mais on ne peut pas non plus ériger des murs d’indifférence ou de peur. De leur côté, les migrants eux-mêmes ne doivent pas négliger le devoir grave de connaître, de respecter et d’assimiler aussi la culture ainsi que les traditions de la nation qui les accueille.

 Un espace de solidarité

Œuvrer pour une communauté inclusive signifie édifier un espace de solidarité. Être une communauté implique en effet qu’on se soutient mutuellement et donc qu’il ne peut y avoir seulement quelques-uns qui portent les poids et font des sacrifices extraordinaires, tandis que les autres restent retranchés dans la défense de positions privilégiées. Une Union Européenne qui, en affrontant ses crises, ne redécouvrirait pas le sens d’être une unique communauté qui se soutient et s’aide – et non un ensemble de petits groupes d’intérêt – perdrait non seulement l’un des défis les plus importants de son histoire, mais aussi l’une des plus grandes opportunités pour son avenir.

La solidarité – cette parole qu’il semble si souvent que l’on veuille l’exclure du dictionnaire – la solidarité, qui dans la perspective chrétienne trouve sa raison d’être dans le précepte de l’amour (cf. Mt 22, 37-40), ne peut qu’être la sève vitale d’une communauté vivante et mure. Avec l’autre principe cardinal de la subsidiarité, elle ne concerne pas que les relations avec les États et les Régions d’Europe. Être une communauté solidaire signifie avoir de la sollicitude envers les plus faibles de la société, envers les pauvres, envers tous ceux qui sont rejetés par les systèmes économiques et sociaux, à commencer par les personnes âgées et par les chômeurs. Mais la solidarité exige également qu’on récupère la collaboration et le soutien réciproque entre les générations.

Depuis les années soixante du siècle passé, on assiste à un conflit des générations sans précédent. En remettant aux nouvelles générations les idéaux qui ont fait la grandeur de l’Europe, on peut dire de manière hyperbolique qu’à la tradition on a préféré la trahison. Au rejet de ce qui provenait des pères a ainsi succédé le temps d’une stérilité dramatique. Non seulement parce qu’en Europe on fait peu d’enfants –notre hiver démographique -, et que ceux qui ont été privés du droit de naître sont trop nombreux, mais aussi parce qu’on s’est découvert incapable de transmettre aux jeunes les instruments matériels et culturels pour affronter l’avenir. L’Europe vit une sorte de déficit de mémoire. Redevenir une communauté solidaire signifie redécouvrir la valeur de son propre passé, pour enrichir le présent et transmettre à la postérité un avenir d’espérance.

Beaucoup de jeunes se trouvent au contraire désemparés face à l’absence de racines et de perspectives, ils sont déracinés, « secoués et menés à la dérive par tous les courants d’idées » (Ep 4, 14) ; parfois également ‘‘prisonniers’’ d’adultes possessifs qui ont du mal à assumer leur devoir. Elle est grave, la tâche d’éduquer non seulement en offrant un ensemble de connaissances techniques et scientifiques, mais surtout en œuvrant « pour promouvoir la personne humaine dans sa perfection, ainsi que pour assurer le bien de la société terrestre et la construction d’un monde toujours plus humain » (Concile Œcuménique Vatican II, Décl. Gravissimum educationis, 28 octobre 1965, n. 3). Cela exige l’engagement de toute la société. L’éducation est une tâche commune, qui demande la participation active concomitante des parents, de l’école et des universités, des institutions religieuses et de la société civile. Sans éducation, la culture ne se forme pas et le tissu vital des communautés se dessèche.

 Une source de développement

L’Europe qui se redécouvre communauté sera sûrement une source de développement pour elle-même et pour le monde entier. Développement est à entendre dans le sens que le bienheureux Paul VI a donné à ce mot : « Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. Comme l’a fort justement souligné un éminent expert: « Nous n’acceptons pas de séparer l’économique de l’humain, le développement des civilisations où il s’inscrit. Ce qui compte pour nous, c’est l’homme, chaque homme, chaque groupement d’hommes, jusqu’à l’humanité tout entière »» (Paul VI, Lett. Enc. Populorum progressio, 26 mars 1967, n. 14).

Certainement le travail, qui est un facteur essentiel pour la dignité et la maturation de la personne, contribue au développement de l’homme. Il faut du travail et il faut des conditions adéquates de travail. Au cours du siècle passé, n’ont pas manqué des exemples éloquents d’entrepreneurs chrétiens qui ont compris comment le succès de leurs initiatives dépendait surtout de la possibilité d’offrir des opportunités d’emploi et des conditions dignes de travail. Il faut repartir de l’esprit de ces initiatives, qui sont aussi le meilleur antidote contre les déséquilibres provoqués par une globalisation sans âme, une globalisation “sphérique”, qui, plus attentive au profit qu’aux personnes, a créé des poches diffuses de pauvreté, de chômage, d’exploitation et de mal être social.

Il serait opportun de redécouvrir également la nécessité du caractère concret du travail, surtout pour les jeunes. Aujourd’hui beaucoup tendent à fuir les travaux dans des secteurs autrefois cruciaux, car considérés comme pénibles et peu rémunérés, oubliant combien ceux-ci sont indispensables au développement humain. Que serions-nous, sans l’engagement des personnes qui, par le travail contribuent à notre subsistance quotidienne ? Que serions-nous sans le travail patient et inventif de ceux qui confectionnent les vêtements que nous portons ou construisent les maisons que nous habitons ? Beaucoup de professions considérées aujourd’hui comme de seconde catégorie sont fondamentales. Elles le sont du point de vue social, mais elles le sont surtout pour la satisfaction que les travailleurs reçoivent de pouvoir être utiles pour eux-mêmes et pour les autres à travers leur engagement quotidien.

Il revient pareillement aux gouvernements de créer les conditions économiques qui favorisent une saine entreprise et des niveaux adéquats d’emploi. Il est spécialement du ressort de la politique de réactiver un cercle vertueux qui, à partir des investissements en faveur de la famille et de l’éduction, permette le développement harmonieux et pacifique de la communauté civile tout entière.

 Une promesse de paix

Enfin, l’engagement des chrétiens en Europe doit constituer une promesse de paix. Ce fut la pensée principale qui a animé les signataires des Traités de Rome. Après deux guerres mondiales et des violences atroces de peuples contre peuples, était arrivé le temps d’affirmer le droit à la paix (cf.Discours aux étudiants et au monde académique, Bologne, 1 er octobre 2017, n. 3). C’est un droit. Cependant, aujourd’hui encore nous voyons combien la paix est un bien fragile et comment les logiques particulières et nationales risquent de rendre vains les rêves courageux des fondateurs de l’Europe (cf. Ibid.).

Toutefois, être artisans de paix (cf. Mt 5, 9) ne signifie pas seulement œuvrer pour éviter les tensions internes, travailler pour mettre fin aux nombreux conflits qui ensanglantent le monde ou bien soulager celui qui souffre. Être artisans de paix signifie se faire promoteurs d’une culture de la paix. Cela exige l’amour de la vérité, sans laquelle il ne peut y avoir de relations humaines authentiques, la recherche de la justice, sans laquelle l’oppression est la norme prédominante dans n’importe quelle communauté.

La paix exige de la pure créativité. L’Union Européenne maintiendra la foi dans son engagement pour la paix dans la mesure où elle ne perdra pas l’espérance et saura se renouveler pour répondre aux besoins et aux attentes de ses citoyens. Il y a cent ans, précisément en ces jours, commençait la bataille de Caporetto, l’une des plus dramatiques de la Grande guerre. Elle a été le point culminant de la guerre d’usure que fut le premier conflit mondial, qui eut le triste record de faucher d’innombrables victimes pour de risibles conquêtes. Depuis cet événement, nous apprenons que si l’on se retranche derrière ses propres positions, on finit par succomber. Ce n’est donc pas le moment de construire des tranchées, mais plutôt celui d’avoir le courage de travailler pour poursuivre pleinement le rêve des Pères fondateurs d’une Europe unie et unanime, une communauté de peuples désireux de partager un destin de développement et de paix.

 Être l’âme de l’Europe

Éminences, Excellences,
Illustres hôtes,

L’auteur de la Lettre à Diognète affirme que «ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde » (Lettre à Diognète, VI). En ce temps, ils sont appelés à redonner une âme à l’Europe, à réveiller sa conscience, non pas pour occuper les espaces – ce serait du prosélytisme – mais pour encourager les processus (cf. Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 223) qui créent de nouveaux dynamismes dans la société. C’est précisément ce qu’a fait saint Benoît proclamé, non pas par hasard, patron de l’Europe par Paul VI : il ne s’est pas soucié d’occuper les espaces d’un monde désorienté et confus. Soutenu par la foi, il a regardé au-delà et depuis une petite grotte de Subiaco il a donné le jour à un mouvement contagieux et irrésistible qui a redessiné le visage de l’Europe. Lui, qui a été « messager de paix, artisan d’union, maître de civilisation » (Paul VI, Lett. Ap. Pacis Nuntius, 24 octobre 1964), qu’il nous montre à nous aussi chrétiens d’aujourd’hui combien de la foi jaillit une espérance joyeuse, capable de changer le monde.

Merci !

Que le Seigneur nous bénisse tous, qu’il bénisse notre travail, qu’il bénisse nos peuples, nos familles, nos jeunes, nos personnes âgées, qu’il bénisse l’Europe.

Que Dieu tout-puissant vous bénisse, le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Merci beaucoup. Merci.

 

Edith Stein, une sainte priée dans notre communauté.

Edith Stein – Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix

Suite à la création de l’unité pastorale de Waimes (2003) qui allait devenir la Communauté Sainte-Croix aux chemins des Fagnes, les prêtres et diacre ont choisi, en 2005, Sainte Edith STEIN comme patronne. Quelles sont les raisons de ce choix ?

Edith Stein est une personnalité marquante du 20ème siècle :

À la rencontre de la philosophie et de la religion. Démarche philosophique très rigoureuse et foi en Dieu ne sont pas inconciliables.

A la rencontre du judaïsme et du christianisme : par ses racines juives, elle nous rappelle que notre foi en Jésus-Christ s’enracine profondément dans le Premier Testament.

Elle est morte à Auschwitz comme martyre de la Shoah. Elle nous appelle à la vigilance en ces temps où, dans plusieurs pays, on assiste à une montée des mouvements d’extrême-droite car « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde» (Bertholt Brecht)

C’est une des patronnes de l’Europe. C’est important :

Nous vivons au quotidien à la croisée de différentes cultures, notamment romanes et germaniques.

Notre région est fréquentée par de nombreux touristes : nous sommes invités à vivre l’ouverture aux autres Européens.

Le nom de carmélite d’Edith Stein : Thérèse-Bénédicte de la Croix et sa spiritualité centrée sur la Passion du Christ nous rappellent les croix si fréquentes aux bords de nos chemins  et dans nos vies.

Nous avons aussi vécu des « clins d’œil du Bon Dieu »  comme disait autrefois un paroissien de Waimes.

Un événement  signifiant (faisant signe) : c’est le fruit d’une inspiration commune des pasteurs de notre Unité pastorale qui cherchaient un nom de baptême pour notre nouvelle unité paroissiale.  Alors qu’ils récitaient ensemble l’office divin le 9 août, jour de la fête d’Edith Stein, ils ont eu tous les trois au même moment la même intuition : pourquoi pas Edith Stein ?

Petite anecdote (un autre signe ?) : le jour de la messe inaugurale en octobre 2005, toute la communauté s’est retrouvée à Faymonville pour l’Eucharistie. Des touristes allemands voulant assister à la messe à Sourbrodt ont ainsi été redirigés vers Faymonville. Il s’est avéré qu’ils provenaient de Cologne et qu’ils étaient des proches voisins du Carmel où Edith Stein a vécu.

 

Message du pape François – carême 2017

waimes-cendres-2017« La Parole est un don. L’autre est un don. »

Chers Frères et Sœurs,

Le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours un appel pressant à la conversion : le chrétien est appelé à revenir à Dieu « de tout son cœur » (Jl 2,12) pour ne pas se contenter d’une vie médiocre, mais grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Jésus est l’ami fidèle qui ne nous abandonne jamais, car même lorsque nous péchons, il attend patiemment notre retour à Lui et, par cette attente, il manifeste sa volonté de pardon (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Le Carême est le moment favorable pour intensifier la vie de l’esprit grâce aux moyens sacrés que l’Eglise nous offre: le jeûne, la prière et l’aumône. A la base de tout il y a la Parole de Dieu, que nous sommes invités à écouter et à méditer avec davantage d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter en particulier sur la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer par ce récit si important qui, en nous exhortant à une conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle.

  1. L’autre est un don

La parabole commence avec la présentation des deux personnages principaux ; cependant le pauvre y est décrit de façon plus détaillée : il se trouve dans une situation désespérée et n’a pas la force de se relever, il gît devant la porte du riche et mange les miettes qui tombent de sa table, son corps est couvert de plaies que les chiens viennent lécher (cf. vv. 20-21). C’est donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié.

La scène apparaît encore plus dramatique si l’on considère que le pauvre s’appelle Lazare : un nom chargé de promesses, qui signifie littéralement « Dieu vient en aide ». Ainsi ce personnage ne reste pas anonyme mais il possède des traits bien précis ; il se présente comme un individu avec son histoire personnelle. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il nous apparaît connu et presque familier, il devient un visage; et, comme tel, un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain (cf. Homélie du 8 janvier 2016).

Lazare nous apprend que l’autre est un don. La relation juste envers les personnes consiste à reconnaître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. La première invitation que nous adresse cette parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à l’autre car toute personne est un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas. Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour. La Parole de Dieu nous aide à ouvrir les yeux pour accueillir la vie et l’aimer, surtout lorsqu’elle est faible. Mais pour pouvoir le faire il est nécessaire de prendre au sérieux également ce que nous révèle l’Évangile au sujet de l’homme riche.

  1. Le péché nous rend aveugles

La parabole met cruellement en évidence les contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce personnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède pas de nom, il est seulement qualifié de “riche”. Son opulence se manifeste dans son habillement qui est exagérément luxueux. La pourpre en effet était très précieuse, plus que l’argent ou l’or, c’est pourquoi elle était réservée aux divinités (cf. Jr 10,9) et aux rois (cf. Jg 8,26). La toile de lin fin contribuait à donner à l’allure un caractère quasi sacré. Bref la richesse de cet homme est excessive d’autant plus qu’elle est exhibée tous les jours, de façon habituelle: « Il faisait chaque jour brillante chère » (v.19). On aperçoit en lui, de manière dramatique, la corruption du péché qui se manifeste en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la vanité et l’orgueil (cf. Homélie du 20 septembre 2013).

Selon l’apôtre Paul, « la racine de tous les maux c’est l’amour de l’argent » (1 Tm 6,10). Il est la cause principale de la corruption et la source de jalousies, litiges et soupçons. L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 55). Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix.

La parabole nous montre ensuite que la cupidité rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence (cf. ibid., n. 62).

Le niveau le plus bas de cette déchéance morale est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation.

En regardant ce personnage, on comprend pourquoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamnation de l’amour de l’argent : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6,24).

  1. La Parole est un don

L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La liturgie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une expérience semblable à celle que fait le riche d’une façon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant les cendres sur la tête, répète ces paroles : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les deux et la partie la plus longue du récit de la parabole se passe dans l’au-delà. Les deux personnages découvrent subitement que « nous n’avons rien apporté dans ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter » (1 Tm 6,7).

Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le riche dialogue avec Abraham qu’il appelle « Père » (Lc 16, 24 ; 27) montrant qu’il fait partie du peuple de Dieu. Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu.

Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pauvre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés. Abraham néanmoins lui explique que « tu as reçu tes biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté » (v.25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien.

La parabole acquiert une dimension plus large et délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande à Abraham d’envoyer Lazare les avertir ; mais Abraham répond : « ils ont Moïse et les Prophètes ; qu’ils les écoutent » (v. 29). Et devant l’objection formulée par le riche, il ajoute : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus » (v.31).

Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain.

La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère.

Chers frères et sœurs, le Carême est un temps favorable pour nous renouveler dans la rencontre avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacrements et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours des quarante jours passés dans le désert a vaincu les pièges du Tentateur – nous montre le chemin à suivre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai chemin de conversion pour redécouvrir le don de la Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveugle et servir le Christ présent dans nos frères dans le besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale.

Du Vatican, le 18 octobre 2016, Fête de Saint Luc, évangéliste

François

Peut-être fallait-il… (Francine Carillo, Braises de douceur)

robertville-2016bPeut-être  fallait-il que l’enfant  naisse de nuit pour qu’il fasse jour dans le monde, Peut-être faut-il être dans la nuit pour découvrir la lumière. Peut-être … faut-il aimer la nuit, pour que le matin y dessine sa promesse.

Ce qui nous arrive en cette nuit dans le visage d’un tout-petit ? C’est ce qui arrive, chaque fois que le sourire d’un enfant brise nos défenses. Ce qui nous arrive … c’est une douceur qui n’est pas  de ce monde, une douceur qui éveille le coeur à la joie d’être, à la joie de naître. Ce qui nous arrive ? C’est que Dieu n’a pas d’autre chemin que nous pour venir jusqu’à nous ; C’est en nous que la douceur attend de faire son lit. C’est à nous qu’il revient de bercer Dieu.

Noël c’est Dieu entre nos mains pour que se lève demain. Noël c’est Dieu en attente de notre tendresse pour que vive sa promesse, Dieu … au berceau de notre âme pour qu’en nous veille sa flamme.

jb-2016Que devons-nous faire ? – Tendre la main…
Tendre la main, pour soutenir,
Tendre la main pour prendre appui. Tendre la main pour guider,
Tendre la main avec confiance. Aide-nous, Seigneur, nous t’en prions.

Tendre la main pour accueillir,
Tendre la main pour demander asile. Tendre la main pour offrir, Tendre la main pour recevoir. Aide-nous, Seigneur, nous t’en prions.

Tendre la main pour réconforter. Tendre la main pour faire la paix. Tendre la main pour l’accepter. Aide-nous, Seigneur, nous t’en prions.

Tendre la main pour aider l’autre à se relever, Tendre la main pour s’accrocher. Tendre la main pour se libérer.
Aide-nous, Seigneur, nous t’en prions.

elisabeth-de-la-trinite-bQUI ES-TU ELISABETH DE LA TRINITE ?

Une petite chronologie

Née dans un camp militaire le 18 juillet 1880, la petite Sabeth est fille de Capitaine et douée d’un tempérament volontaire, turbulent, violent parfois. Mais elle montre aussi un attrait pour tout ce qui est grand et beau et une ouverture à Jésus pour lequel elle veut vaincre, par amour, son « terrible caractère ».

A 13 ans elle obtient le premier prix de piano au Conservatoire. Mais son ambition est ailleurs : elle veut aimer Jésus à la folie, lui consacrer sa vie. Elle mène la vie d’une jeune fille de son temps et tout la passionne : la musique, la mer, la montagne, l’amitié, mais aussi la paroisse, la visite des malades, le catéchisme aux enfants, et plus que tout, et à travers tout, la prière.

De plus en plus Elisabeth se sent appelée au Carmel pour prier sans fin et rapprocher l’humanité de Dieu. Ayant vaincu l’opposition de sa mère, elle entre au Carmel de Dijon à 21 ans. Elle est profondément heureuse : une vie toute de prière, pauvre, rude, mais éclairée par le Soleil de la présence de Dieu et de la charité fraternelle.

Après un postulat radieux et une année de noviciat difficile, elle prononce ses vœux le 11 janvier 1903. La voilà « épouse du Christ ». Elle se nourrit de la Parole de Dieu, surtout de saint Paul, qui l’invite à devenir « la louange de la gloire » de Dieu, ce « Dieu qui nous a trop aimés ».

Elisabeth veut lui rendre amour pour amour au cœur du quotidien, dans la vie de la communauté. Et dans ses lettres elle partage à ses amis, laïcs pour la plupart, la merveilleuse découverte : tous appelés, tous aimés, tous habités par la Présence, tous appelés à la communion avec Dieu, Père, Fils et Esprit Saint.

En 1904 elle compose sa célèbre prière : O mon Dieu Trinité que j’adore où elle se livre entièrement… Atteinte de la maladie d’Addison, alors incurable, elle va connaître en 1906 une longue agonie de neuf mois. Au milieu de grandes souffrances elle exprime encore sa joie d’aimer et de s’offrir. Elle meurt le 9 novembre 1906.

Le 25 novembre 1984, elle est béatifiée par le Pape Jean-Paul II  avant d’être canonisée le 16 octobre 2016 par le  Pape François.

elisabeth-de-la-trinitePrière à la Trinité

O mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire Sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère.

Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

O mon Christ aimé, crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer… jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me « revêtir de vous-même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.

O Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière ; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

O Feu consumant, Esprit d’amour, « survenez en moi » afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez-vous vers votre pauvre petite créature, « couvrez-la de votre ombre », ne voyez en elle que le « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances ».

O mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs.

Cette Prière, trouvée dans ses papiers après sa mort, est aujourd’hui traduite en plus de cinquante langues…

elisabeth-de-la-trinite-cComment Elisabeth est devenue sainte ?

Sollicitée par de nombreux Carmels et amis, sa prieure, Mère Germaine de Jésus écrit en 1908 un récit biographique qu’elle nomme simplement : « Souvenirs ». Il connaît rapidement de multiples éditions et sera traduit en quelques années en une dizaine de langues.

Un Procès diocésain ouvrit en 1931 une première Enquête en vue de la béatification d’Élisabeth. Il sera repris après la guerre et c’est Jean XXIII qui signera le Décret d’Introduction de la Cause le 25 octobre 1961.

Le Procès apostolique (= romain) fut ouvert et aboutit le 12 juillet 1982 à la reconnaissance des « Vertus héroïques » de la Servante de Dieu, lui attribuant le titre de Vénérable.

Un premier « miracle » obtenu par l’intercession d’Élisabeth fut reconnu le 17 février 1984. Il s’agissait de la guérison de Dom Jean Chanut, moine de l’Abbaye de Cîteaux, alors Maître des novices. Agé de 31 ans en 1938, il fut atteint de tuberculose des reins. Malgré l’ablation d’un rein, la maladie gagna tout l’appareil uro-génital. Le malade souffrait beaucoup, ne pouvait plus assurer ses charges et s’acheminait vers la mort. En janvier 1943, sur le conseil d’un prédicateur de retraite, la communauté de Cîteaux commença une neuvaine de prière se confiant à l’intercession de sœur Élisabeth. Au terme de la neuvaine le Père Chanut sentit un regain d’énergie et put reprendre rapidement l’observance intégrale de la Règle, veilles et jeûnes sévères. De plus à partir de cette date les examens biologiques firent constamment la preuve de l’absence du bacille de Koch. Dom Chanut devint par la suite Prieur puis Abbé de Cîteaux et mourut en Afrique en 1980, sans avoir jamais eu de rechute de tuberculose. Ce miracle permit la béatification d’Élisabeth le 25 novembre 1984. 

elisabeth-de-la-trinite-dUn second « miracle » était nécessaire pour ouvrir la voie à la canonisation.  Marie-Paul Stevens, professeur de religion à Malmedy, âgée de 39 ans en 1997, découvre peu à peu qu’elle est atteinte d’une maladie orpheline, le syndrome de Sjøgren, avec de multiples conséquences très handicapantes puis de plus en plus douloureuses. Elle doit abandonner sa profession en 1998 et malgré de multiples traitements, la maladie s’aggrave en 2000-2001, avec d’insupportables douleurs. Tous les amis de Marie-Paul ainsi que plusieurs amis du Carmel prient Élisabeth pour sa guérison. Elle-même ne demande pas de guérir mais décide d’aller à Flavignerot avant de mourir, pour remercier Élisabeth qu’elle aime et prie depuis son adolescence, car elle l’a tellement aidée dans sa maladie. Arrivée avec ses amis sur le Parking du Carmel le 2 avril 2002, elle rend grâce dans la chapelle auprès du petit reliquaire d’Elisabeth. Ensuite, pendant le piquenique avec ses deux amis, elle se lève soudainement : « Je n’ai plus mal ! ». Tous les symptômes ont disparu… La guérison est instantanée, inexplicable et reste l’inattendu bouleversant.

En 2003, elle fera 365 km à pied en pèlerinage d’Orval à Flavignerot (Dijon) pour rendre grâce… Il faudra du temps et de nombreux examens médicaux entre 2011 et 2016 pour que soit reconnue officiellement la guérison, jusqu’à ce Décret du 3 mars 2016 par lequel le Saint Père François, après avoir reçu le Cardinal Amato, Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, a approuvé ce miracle attribué à l’intercession d’Elisabeth de la Trinité.

 

Mère TERESAHymne à la vie (Mère Teresa)

La vie est beauté, admire-la
La vie est un rêve, réalise-le.
La vie est un défi, relève-le.
La vie et un devoir, fais-le.
La vie est un jeu, joue-le.
La vie est précieuse, soigne-la bien.
La vie est richesse, conserve-la.
La vie est amour, jouis-en.
La vie est un mystère, pénètre-le.
La vie est une promesse, tiens-la.
La vie est tristesse, dépasse-la.
La vie est un hymne, chante-le.
La vie est un combat, accepte-le.
La vie est une tragédie, lutte avec elle.
La vie est une aventure, ose-la.
La vie est bonheur, mérite-le.
La vie est la vie, défends-la.

 

Mère TERESAJe t’aime tel que tu es (Mère Teresa)

« Voici que je me tiens à la porte et que je frappe »
C’est vrai ! Je me tiens à la porte de ton cœur, jour et nuit.
Même quand tu ne m’écoutes pas,

Même quand tu doutes que ce puisse être Moi, c’est Moi qui suis là.
J’attends le moindre petit signe de réponse de ta part, le plus léger murmure d’invitation, qui me permettra d’entrer chez toi.
Je veux que tu saches que chaque fois que tu m’inviteras, je vais réellement venir. Je serai toujours là, sans faute.

Silencieux et invisible,

Je viens, mais avec l’infini pouvoir de mon amour.
Je viens avec ma miséricorde, avec mon désir de te pardonner, de te guérir, avec tout l’amour que j’ai pour toi ;
Un amour au-delà de toute compréhension, un amour où chaque battement du cœur est celui que j’ai reçu du Père même.
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé ».

Je viens, assoiffé de te consoler, Je viens, assoiffé de te donner ma force, Je viens, assoiffé de te relever… Je vais t’apporter ma lumière. Je viens écarter les ténèbres et les doutes de ton cœur.
Je viens avec ma grâce pour toucher ton cœur et transformer ta vie.
Je viens avec ma paix, qui va apporter le calme et la sérénité à ton âme… « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé ».

esprit-st-2016Prière de la rentrée

Seigneur,
Cette année pastorale qui commence,
c’est avec confiance que nous te l’offrons !
Donne-nous le courage et la force, tout au long de ces mois,
de découvrir ta présence au cœur de nos vies.
Que nos cœurs viennent à ta rencontre dans l’Eucharistie, dans la Prière, dans nos activités… mais aussi à travers l’enfant qui te découvre, le jeune qui te cherche, la personne qui souffre et dans chaque regard que nous croisons.
Donne-nous la joie de te servir par le service gratuit de nos frères,
Donne-nous la joie de te savoir présent au milieu de nous… Que nos mains s’ouvrent pour cueillir ta Lumière et la transmettre joyeusement à nos voisins… Donne-nous l’audace de témoigner, par nos actes et nos paroles, combien tu es grand et merveilleux, sur tous les chemins du monde et sans jamais nous décourager. Que chacun apporte le meilleur de lui-même à la vie de l’unité pastorale et que notre communauté soit un signe d’espérance, de foi et de charité dans notre monde d’aujourd’hui. AMEN !

L’émouvante prière du Pape François pour les TerroristesAA4

Ô Dieu tout puissant et miséricordieux, Maître de l’univers et de l’histoire. Tout ce que tu as créé est bon et ta compassion pour les erreurs de l’homme est inépuisable.

Aujourd’hui, nous venons à toi pour te demander de conserver le monde et ses habitants dans la paix, d’éloigner de lui l’onde dévastatrice du terrorisme, de rétablir l’amitié et d’infuser dans les cœurs de tes créatures le don de la confiance et de la disponibilité à pardonner.

Ô Source de toute vie, nous te prions aussi pour ceux qui sont morts comme victimes de brutales attaques terroristes. Donne-leur une récompense éternelle. Qu’ils intercèdent pour le monde, déchiré par les conflits et les oppositions.

Ô Jésus, Prince de la Paix, nous te prions pour tous ceux qui ont été blessés par ces actes de violence inhumaine : enfants et jeunes, femmes et hommes, personnes âgées, personnes innocentes touchées par le hasard du mal. Guéris leur corps et leur cœur et console-les par ta force, en supprimant en même temps la haine et le désir de vengeance.

Esprit Saint Consolateur, visite les familles des victimes du terrorisme, familles qui souffrent sans aucune faute de leur part. Enveloppe-les du manteau de ta miséricorde divine. Fais qu’elles retrouvent en toi et en elles-mêmes la force et le courage de continuer à être frères et sœurs pour les autres, surtout pour les immigrés, en témoignant par leur vie de ton amour.
Touche les cœurs des terroristes, afin qu’ils reconnaissent le mal de leurs actions et reprennent le chemin de la paix et du bien, du respect pour la vie et la dignité de tout homme, indépendamment de sa religion, de son origine, de sa richesse ou de sa pauvreté.

Ô Dieu, Père éternel, daigne exaucer dans ta miséricorde la prière que nous élevons vers toi dans le grondement et la désespérance du monde. Nous nous adressons à toi avec une grande espérance, liés par la confiance en ton infinie Miséricorde, en nous confiant à l’intercession de ta très sainte Mère, rendus fortes par l’exemple des bienheureux martyrs du Pérou, Zbigniewe Michele, dont tu as fait de courageux témoins de l’Evangile, au point qu’ils ont offert leur sang. Nous te demandons le don de la paix et que s’éloigne de nous la plaie du terrorisme.
Par le Christ, notre Seigneur AMEN.

Pape François à la JMJ 2016Homélie du pape François (JMJ à Cracovie – 31.07.2016)

Chers jeunes, vous êtes venus à Cracovie pour rencontrer Jésus. Et l’Évangile aujourd’hui nous parle justement de la rencontre entre Jésus et un homme, Zachée, à Jéricho (cf. Lc 19, 1-10). Là, Jésus ne se limite pas à prêcher, ou à saluer chacun, mais il veut – dit l’Évangéliste – traverser la ville (cf. v. 1). Jésus désire, en d’autres termes, s’approcher de la vie de chacun, parcourir notre chemin jusqu’au bout, afin que sa vie et notre vie se rencontrent vraiment.

Arrive ainsi la rencontre la plus surprenante, celle avec Zachée, le chef des “publicains”, c’est-à-dire des collecteurs d’impôts. Zachée était donc un riche collaborateur des occupants romains détestés ; c’était un exploiteur du peuple, quelqu’un qui, à cause de sa mauvaise réputation, ne pouvait même pas s’approcher du Maître. Mais la rencontre avec Jésus change sa vie, comme cela a été et peut être chaque jour pour chacun de nous. Zachée, cependant, a dû affronter certains obstacles pour rencontrer Jésus : au moins trois, qui peuvent nous dire quelque chose à nous aussi.

Le premier est la petite taille : Zachée ne réussissait pas à voir le Maître parce qu’il était petit. Aujourd’hui aussi nous pouvons courir le risque de rester à distance de Jésus parce que nous ne nous sentons pas à la hauteur, parce que nous avons une basse considération de nous-même. C’est une grande tentation, qui ne regarde pas seulement l’estime de soi, mais touche aussi la foi. Parce que la foi nous dit que nous sommes « enfants de Dieu et nous le sommes réellement » (1 Jn 3, 1): nous avons été créés à son image; Jésus a fait sienne notre humanité et son cœur ne se lassera jamais de nous; l’Esprit Saint désire habiter en nous; nous sommes appelés à la joie éternelle avec Dieu! C’est notre “stature”, c’est notre identité spirituelle : nous sommes les enfants aimés de Dieu, toujours. Vous comprenez alors que ne pas s’accepter, vivre mécontents et penser en négatif signifie ne pas reconnaitre notre identité la plus vraie : c’est comme se tourner d’un autre côté tandis que Dieu veut poser son regard sur moi, c’est vouloir effacer le rêve qu’il nourrit pour moi. Dieu nous aime ainsi comme nous sommes, et aucun péché, défaut ou erreur ne le fera changer d’idée. Pour Jésus – l’Évangile nous le montre -, personne n’est inférieur et distant, personne n’est insignifiant, mais nous sommes tous préférés et importants : tu es important ! Et Dieu compte sur toi pour ce que tu es, non pour ce que tu as : à ses yeux ne vaut vraiment rien le vêtement que tu portes ou le téléphone portable que tu utilises : que tu sois à la mode ne lui importe pas, ce qui lui importe, c’est toi. Tu as de la valeur à ses yeux et ta valeur est inestimable.

Quand dans la vie, il nous arrive de viser en bas plutôt qu’en haut, cette grande vérité peut nous aider : Dieu est fidèle dans son amour pour nous, même obstiné. Cela nous aidera de penser qu’il nous aime plus que nous nous aimons nous-même, qu’il croit en nous plus que nous croyons en nous-même, qu’il “est toujours le supporter” pour nous comme le plus irréductible des supporters. Il nous attend toujours avec espérance, même lorsque nous nous refermons sur nos tristesses, ruminant sans cesse sur les torts reçus et sur le passé. Mais s’attacher à la tristesse n’est pas digne de notre stature spirituelle ! C’est même un virus qui infecte et bloque tout, qui ferme toute porte, qui empêche de relancer la vie, de recommencer. Dieu, au contraire est obstinément plein d’espoir : il croit toujours que nous pouvons nous relever et ne se résigne pas à nous voir éteints et sans joie. Parce que nous sommes toujours ses enfants bien-aimés. Rappelons-nous de cela au début de chaque journée. Cela nous fera du bien chaque matin de le dire dans la prière : “Seigneur, je te remercie parce que tu m’aimes ; fais-moi aimer ma vie !”. Non pas mes défauts, qui se corrigent, mais la vie, qui est un grand don : c’est le temps pour aimer et pour être aimés.

Zachée avait un second obstacle sur le chemin de la rencontre avec Jésus : la honte qui paralyse. Nous pouvons imaginer ce qui s’est passé dans le cœur de Zachée avant de monter sur ce sycomore, cela aura été une belle lutte : d’une part une bonne curiosité, celle de connaître Jésus ; de l’autre le risque de faire une terrible piètre figure. Zachée était un personnage public ; il savait qu’en essayant de monter sur l’arbre, il serait devenu ridicule aux yeux de tous, lui, un chef, un homme de pouvoir. Mais il a surmonté la honte, parce que l’attraction de Jésus était plus forte. Vous aurez fait l’expérience de ce qui arrive lorsqu’une personne devient si attirante au point d’en tomber amoureux : il peut arriver alors de faire volontiers des choses qui ne se seraient jamais faites. Quelque chose de semblable arrive dans le cœur de Zachée, quand il sentit que Jésus était si important qu’il aurait fait n’importe quoi pour lui, parce qu’il était le seul qui pouvait le tirer hors des sables mouvants du péché et du mécontentement. Et ainsi la honte qui paralyse n’a pas eu le dessus : Zachée – dit l’Évangile- « courut en avant », « grimpa » et ensuite quand Jésus l’appela, « il descendit vite » (vv. 4.6). Il a risqué et il s’est mis en jeu. Cela est aussi pour nous le secret de la joie : ne pas éteindre la belle curiosité, mais se mettre en jeu, parce que la vie ne s’enferme pas dans un tiroir. Devant Jésus on ne peut rester assis en attendant les bras croisés ; à Lui, qui nous donne la vie, on ne peut répondre par une pensée ou un simple “petit message” !

Chers jeunes, n’ayez pas honte de tout lui porter, spécialement vos faiblesses, vos peines et vos péchés dans la confession : Lui saura vous surprendre avec son pardon et sa paix. N’ayez pas peur de lui dire “oui” avec tout l’élan de votre cœur, de lui répondre généreusement, de le suivre ! Ne vous laissez pas anesthésier l’âme, mais visez l’objectif du bel amour, qui demande aussi le renoncement, et un “non” fort au doping du succès à tout prix et à la drogue de penser seulement à soi et à ses propres aises.

Après la basse stature et la honte qui paralyse, il y a un troisième obstacle que Zachée a dû affronter, non plus à l’intérieur de lui, mais autour de lui. C’est la foule qui murmure, qui l’a d’abord arrêté et puis l’a critiqué : Jésus ne devait pas entrer dans sa maison, la maison d’un pécheur ! Comme il est difficile d’accueillir vraiment Jésus, comme il est dur d’accepter un « Dieu, riche en miséricorde » (Ep 2, 4). Ils pourront vous empêcher, en cherchant à vous faire croire que Dieu est distant, raide et peu sensible, bon avec les bons et mauvais avec les mauvais. Au contraire, notre Père « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » (Mt 5, 45) et il nous invite au vrai courage : être plus forts que le mal en aimant chacun, même les ennemis. Ils pourront rire de vous, parce que vous croyez dans la force douce et humble de la miséricorde. N’ayez pas peur, mais pensez aux paroles de ces jours : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). Ils pourront vous juger comme des rêveurs, parce que vous croyez en une humanité nouvelle, qui n’accepte pas la haine entre les peuples, ne voit pas les frontières des pays comme des barrières et garde ses propres traditions sans égoïsmes ni ressentiments. Ne vous découragez pas : avec votre sourire et avec vos bras ouverts, prêchez l’espérance et soyez une bénédiction pour l’unique famille humaine, qu’ici vous représentez si bien !

La foule, ce jour-là, a jugé Zachée, elle l’a regardé de haut en bas ; Jésus au contraire, a fait l’inverse : il a levé son regard vers lui (v. 5). Le regard de Jésus va au-delà des défauts et voit la personne ; il ne s’arrête pas au mal du passé, mais il entrevoit le bien dans l’avenir ; il ne se résigne pas devant les fermetures, mais il recherche la voie de l’unité et de la communion ; au milieu de tous, il ne s’arrête pas aux apparences, mais il regarde le cœur. Avec ce regard de Jésus, vous pouvez faire croître une autre humanité, sans attendre qu’ils vous disent “bravo”, mais en cherchant le bien pour lui-même, heureux de garder le cœur intègre et de lutter pacifiquement pour l’honnêteté et la justice. Ne vous arrêtez pas à la superficie des choses et défiez-vous des liturgies mondaines du paraître, du maquillage de l’âme pour sembler meilleurs. Au contraire, installez bien la connexion la plus stable, celle d’un cœur qui voit et transmet le bien sans se lasser. Et cette joie que gratuitement vous avez reçu de Dieu, donnez-la gratuitement (cf. Mt10, 8), parce que beaucoup l’attendent !

Enfin, écoutons les paroles de Jésus à Zachée, qui semblent dites spécialement pour nous aujourd’hui : « Descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (v. 5). Jésus t’adresse la même invitation : “Aujourd’hui, je dois demeurer dans ta maison”. Les JMJ, pourrions-nous dire, commencent aujourd’hui et continuent demain, à la maison, parce que c’est là que Jésus veut te rencontrer à partir de maintenant. Le Seigneur ne veut pas rester seulement dans cette belle ville ou dans de chers souvenirs, mais il désire venir chez toi, habiter ta vie de chaque jour : les études et les premières années de travail, les amitiés et les affections, les projets et les rêves. Comme il lui plaît que dans la prière, tout cela lui soit porté ! Comme il espère que parmi tous les contacts et les ‘chat’ de chaque jour il y ait à la première place le fil d’or de la prière ! Comme il désire que sa Parole parle à chacune de tes journées, que son Évangile devienne tien, et qu’il soit ton “navigateur” sur les routes de la vie !

Pendant qu’il te demande de venir chez toi, Jésus, comme il a fait avec Zachée, t’appelle par ton nom. Ton nom est précieux pour Lui. Le nom de Zachée évoquait, dans la langue de l’époque, le souvenir de Dieu. Confiez-vous au souvenir de Dieu : sa mémoire n’est pas un “disque dur” qui enregistre et archive toutes nos données, mais un cœur tendre de compassion, qui se réjouit d’effacer définitivement toutes nos traces de mal. Essayons, nous aussi, maintenant, d’imiter la mémoire fidèle de Dieu et de conserver le bien que nous avons reçu en ces jours. En silence, faisons mémoire de cette rencontre, gardons le souvenir de la présence de Dieu et de sa Parole, ravivons en nous la voix de Jésus qui nous appelle par notre nom. Ainsi prions en silence, en faisant mémoire, en remerciant le Seigneur qui ici nous a voulus et nous a rencontrés.

© Librairie éditrice du Vatican

Homélie de l’archevêque de Paris – « On ne construit pas l’union en chassant les boucs-émissaires » (07.2016)

Au lendemain de l’assassinat du père Jacques Hamel par deux hommes se revendiquant de Daech, une messe s’est tenue à la cathédrale Notre-Dame de Paris, en présence notamment de François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, ainsi que les deux anciens présidents Nicolas Sarkozy et Valéry Giscard d’Estaing. Durant son homélie, le cardinal André Vingt-Trois a interpellé avec force les « valeurs » et les « peurs » sur lesquelles s’appuie notre société. Un texte que La Vie reprend ici intégralement.

« Mesdames et Messieurs,
Frères et Sœurs,

  1. Seigneur, nous as-tu abandonnés ?

« Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine ? » En ce moment terrible que nous vivons, comment ne ferions-nous pas nôtre ce cri vers Dieu du prophète Jérémie au milieu des attaques dont il était l’objet ? Comment ne pas nous tourner vers Dieu et comment ne pas Lui demander des comptes ? Ce n’est pas manquer à la foi que de crier vers Dieu. C’est, au contraire, continuer de lui parler et de l’invoquer au moment même où les événements semblent remettre en cause sa puissance et son amour. C’est continuer d’affirmer notre foi en Lui, notre confiance dans le visage d’amour et de miséricorde qu’il a manifesté en son Fils Jésus-Christ.

Ceux qui se drapent dans les atours de la religion pour masquer leur projet mortifère, ceux qui veulent nous annoncer un Dieu de la mort, un moloch qui se réjouirait de la mort de l’homme et qui promettrait le paradis à ceux qui tuent en l’invoquant, ceux-là ne peuvent pas espérer que l’humanité cède à leur mirage. L’espérance inscrite par Dieu au cœur de l’homme a un nom, elle se nomme la vie. L’espérance a un visage, le visage du Christ livrant sa vie en sacrifice pour que les hommes aient la vie en abondance. L’espérance a un projet, le projet de rassembler l’humanité en un seul peuple, non par l’extermination mais par la conviction et l’appel à la liberté. C’est cette espérance au cœur de l’épreuve qui barre à jamais pour nous le chemin du désespoir, de la vengeance et de la mort.

C’est cette espérance qui animait le ministère du P. Jacques Hamel quand il célébrait l’Eucharistie au cours de laquelle il a été sauvagement exécuté. C’est cette espérance qui soutient les chrétiens d’Orient quand ils doivent fuir devant la persécution et qu’ils choisissent de tout quitter plutôt que de renoncer à leur foi. C’est cette espérance qui habite le cœur des centaines de milliers de jeunes rassemblés autour du Pape François à Cracovie. C’est cette espérance qui nous permet de ne pas succomber à la haine quand nous sommes pris dans la tourmente.

Cette conviction que l’existence humaine n’est pas un simple aléa de l’évolution voué à la destruction inéluctable et à la mort habite le cœur des hommes quelles que soient leurs croyances et leurs religions. C’est cette conviction qui a été blessée sauvagement à Saint-Étienne du Rouvray et c’est grâce à cette conviction que nous pouvons résister à la tentation du nihilisme et au goût de la mort. C’est grâce à cette conviction que nous refusons d’entrer dans le délire du complotisme et de laisser gangréner notre société par le virus du soupçon.

On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires. On ne contribue pas à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques et de violences verbales. Insensiblement, mais réellement cette violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès. Le combat des mots finit trop souvent par la banalisation de l’agression comme mode de relation. Une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent.

  1. La peur de tout perdre

La crise que traverse actuellement notre société nous confronte inexorablement à une évaluation renouvelée de ce que nous considérons comme les biens les plus précieux pour nous. On invoque souvent les valeurs, comme une sorte de talisman pour lequel nous devrions résister coûte que coûte. Mais on est moins prolixe sur le contenu de ces valeurs, et c’est bien dommage. Pour une bonne part, la défiance à l’égard de notre société, – et sa dégradation en haine et en violence – s’alimente du soupçon selon lequel les valeurs dont nous nous réclamons sont très discutables et peuvent être discutées. Pour reprendre les termes de l’évangile que nous venons d’entendre : quel trésor est caché dans le champ de notre histoire humaine, quelle perle de grande valeur nous a été léguée ? Pour quelles valeurs sommes-nous prêts à vendre tout ce que nous possédons pour les acquérir ou les garder ? Peut-être, finalement, nos agresseurs nous rendent-ils attentifs à identifier l’objet de notre résistance ?

Quand une société est démunie d’un projet collectif, à la fois digne de mobiliser les énergies communes et capable de motiver des renoncements particuliers pour servir une cause et arracher chacun à ses intérêts propres, elle se réduit à un consortium d’intérêts dans lequel chaque faction vient faire prévaloir ses appétits et ses ambitions. Alors, malheur à ceux qui sont sans pouvoir, sans coterie, sans moyens de pression ! Faute de moyens de nuire, ils n’ont rien à gagner car ils ne peuvent jamais faire entendre leur misère. L’avidité et la peur se joignent pour défendre et accroître les privilèges et les sécurités, à quelque prix que ce soit.

Est-il bien nécessaire aujourd’hui d’évoquer la liste de nos peurs collectives ? Si nous ne pouvons pas nous en affranchir, en nommer quelques-unes nous donne du moins quelque lucidité sur le temps que nous vivons. Jamais sans doute au cours de l’histoire de l’humanité, nous n’avons connu globalement plus de prospérité, plus de commodités de vie, plus de sécurité, qu’aujourd’hui en France. Les plus anciens n’ont pas besoin de remonter loin en arrière pour évoquer le souvenir des misères de la vie, une génération suffit. Tant de biens produits et partagés, même si le partage n’est pas équitable, tant de facilités à vivre ne nous empêchent pas d’être rongés par l’angoisse. Est-ce parce que nous avons beaucoup à perdre que nous avons tant de peurs ?

L’atome, la couche d’ozone, le réchauffement climatique, les aliments pollués, le cancer, le sida, l’incertitude sur les retraites à venir, l’accompagnement de nos anciens dans leurs dernières années, l’économie soumise aux jeux financiers, le risque du chômage, l’instabilité des familles, l’angoisse du bébé non-conforme, ou l’angoisse de l’enfant à naître tout court, l’anxiété de ne pas réussir à intégrer notre jeunesse, l’extension de l’usage des drogues, la montée de la violence sociale qui détruit, brûle, saccage et violente, les meurtriers aveugles de la conduite automobile… Je m’arrête car vous pouvez très bien compléter cet inventaire en y ajoutant vos peurs particulières. Comment des hommes et des femmes normalement constitués pourraient-ils résister sans faiblir à ce matraquage ? Matraquage de la réalité dont les faits divers nous donnent chaque jour notre dose. Matraquage médiatique qui relaie la réalité par de véritables campagnes à côté desquelles les peurs de l’enfer des prédicateurs des siècles passés font figure de contes pour enfants très anodins.

Comment s’étonner que notre temps ait vu se développer le syndrome de l’abri ? L’abri antiatomique pour les plus fortunés, abri de sa haie de thuyas pour le moins riche, abri de ses verrous, de ses assurances, appel à la sécurité publique à tout prix, chasse aux responsables des moindres dysfonctionnements, bref nous mettons en place tous les moyens de fermeture. Nous sommes persuadés que là où les villes fortifiées et les châteaux-forts ont échoué, nous réussirons. Nous empêcherons la convoitise et les vols, nous empêcherons les pauvres de prendre nos biens, nous empêcherons les peuples de la terre de venir chez nous. Protection des murs, protection des frontières, protection du silence. Surtout ne pas énerver les autres, ne pas déclencher de conflits, de l’agressivité, voire des violences, par des propos inconsidérés ou simplement l’expression d’une opinion qui ne suit pas l’image que l’on veut nous donner de la pensée unique.

Silence des parents devant leurs enfants et panne de la transmission des valeurs communes. Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances. Silence des votes par l’abstention. Silence au travail, silence à la maison, silence dans la cité ! A quoi bon parler ? Les peurs multiples construisent la peur collective, et la peur enferme. Elle pousse à se cacher et à cacher.

C’est sur cette inquiétude latente que l’horreur des attentats aveugles vient ajouter ses menaces. Où trouverons-nous la force de faire face aux périls si nous ne pouvons pas nous appuyer sur l’espérance ? Et, pour nous qui croyons au Dieu de Jésus-Christ, l’espérance c’est la confiance en la parole de Dieu telle que le prophète l’a reçue et transmise : « Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer. Je te délivrerai de la main des méchants, je t’affranchirai de la poigne des puissants. »

« Mon rempart, c’est Dieu, le Dieu de mon amour. » Amen ! »

Cardinal André Vingt-Trois,
archevêque de Paris.